Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

HcoM, le Blog...

HcoM, le Blog...

Blog de communication à l'attention de ceux - professionnels ou non et étudiants - qui sont intéressés par la Communication au sens large


Déontologie : les junk food news restent raisonnables en Belgique

Publié par Olivier Moch sur 9 Septembre 2011, 05:46am

Catégories : #Presse écrite et audivisuelle

La presse belge s'est imposé un code éthique, le Conseil de Déontologie Journalistique veille au grain.

deontologie.jpgL'on se souvient du scandale qui, à l'aube de l'été, secoua la Grande-Bretagne et entraîna la disparition du Tabloïd News of The World. Ecoutes téléphoniques et achat d'informations étaient des pratiques courantes de l'hebdomadaire anglais le plus vendu. La révélation de ces pratiques ébranla jusqu'aux plus hautes sphères, Rupert Murdoch, le magnat australien propriétaire du tabloïd, Rebekah Brook, Dirigeante de News International Ltd, groupe de presse auquel appartient News of the World, furent plus que malmenés tandis que le Chef de Scotland Yard et l'un de ses adjoints avaient été amenés à quitter leurs fonctions pour avoir couvert les écoutes téléphoniques. Les remous se firent sentir jusque dans les cénacles politiques les plus influents du pays puisque le Conseiller du Premier Ministre britannique - qui avait été rédacteur en chef de News of The World avant de devenir Conseiller politique - avait du démissionner. En Angleterre la presse à sensation est fortement développée depuis des années, elle attire le public par des mises en pages simples agrémentées de grandes photos et de titres aussi laconiques que chocs. Les groupes de presse mettent d'énormes moyens financiers à dispositions de leurs titres à sensation, des moyens financiers qui permettent d'aller chercher l'information par tous les canaux possibles, depuis l'enquête fouillée jusqu'à la corruption en passant par bien d'autres pratiques peu recommandables. Depuis plusieurs décennies, les tabloïds sensationnels sont les médias les plus lus au pays d'Oscar Wilde même s'il est de notoriété publique que cette presse est de caniveau. La presse à sensation est au journalisme ce que la malbouffe est à la gastronomie, un pis-aller par lequel de plus en plus de monde se laisse tenter, par facilité probablement. D'ailleurs, l'on nomme désormais la presse à sensation junk food news (que l'on peut traduire par info malbouffe) de l'autre côté de la Manche. Soyons clairs, si la presse à sensation et/ou la presse people existent, c'est parce qu'il y a une réelle demande de la part du public. Et pour satisfaire à la demande grimpante, les journalistes de cette junk food news semblent prêts à franchir tous les codes de la déontologie inhérents à la profession.

Qu'en est-il en Belgique ?

Le phénomène existe aussi dans notre pays mais il est assurément moins développé. On constate une peopleisation de la presse et des médias; pour plaire au public, les quotidiens doivent inclure de l'information people et/ou à sensation dans leurs pages, les émissions du genre se multiplient sur les chaines de télévisions belges. Mais il convient de tempérer la situation belge en disant que la plupart des infos malbouffes que l'on trouve dans nos médias sont, en fait, des informations reprises de la presse à sensation internationale, française ou anglo-saxonne. A quelques exceptions près, il n'y a pas (encore ?) réellement de journalisme d'investigation sensationnaliste en Belgique comme c'est le cas dans d'autres pays. La presse people ou à sensation reste, en Belgique, plutôt tendre et c'est très bien ainsi. C'est la déontologie qui a tout à y gagner ! En matière de déontologie, Les journalistes belges sont soumis à un code qui repose sur trois textes différents :
- La Déclaration des devoirs et des droits des journalistes qui a été adoptée en 1971 par les pays membres de la Communauté Européenne (six pays dont la Belgique à l'époque) et par la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) en 1972;
- Le Code de principes de journalisme, mis en place en 1981 avec les associations d'éditeurs de journaux;
- De Raad voor de journalisitiek qui fixe les règles de déontologie pour les médias flamands.

Ces trois documents établissent l'ensemble des règles à respecter par les journalistes professionnels belges. Même s'il existe des organes de régulation -  le Conseil de Déontologie Journalistique (CDJ) pour la partie francophone du pays et le Conseil Flamand de Déontologie (RVDJ) pour la partie néerlandophone - le principe de l'autorégulation reste d'application en Belgique. Le CDJ a, surtout, une mission préventive, il s'agit pour lui de faire connaitre la déontologie tant aux journalistes qu'au grand public. Mais il doit aussi faire évoluer cette déontologie journalistique afin de l'adapter aux nouvelles technologies de l'information. Le Conseil de Déontologie Journalistique a, enfin, une mission d'analyse des plaintes à l'encontre des journalistes et des médias. Il doit déterminer si les plaintes sont fondées mais ne dispose d'aucun pouvoir de sanction, simplement d'une forme d'autorité morale.

Existe-t-il des entorses à la déontologie journalistique en Belgique ?

Evidemment oui ! Même si l'on y est loin des junk food news anglaises, la Belgique n'échappe pas aux dérapages médiatiques. Dans une interview qu'il donna récemment à La Libre Belgique(1), le Secrétaire Général du CDJ, André Linard, évoque certaines entorses à la déontologie que l'on peut rencontrer en Belgique. Ainsi cite-t-il la confusion importante qui existe encore chez beaucoup de journalistes entre information et publicité. On peut encore évoquer, notamment :
- la surenchère sensationnaliste (ndlr toute proportions gardées avec les pays anglo-saxons) liée à la concurrence de plus en plus forte entre les médias;
- une certaine mise en scène d'événements;
- le franchissement de certaines barrières en matière de respect de la vie privée;
- la publication d'informations non-vérifiées, un phénomène en augmentation et lié à la recrudescence des nouvelles technologies de l'information, les sites internet surtout.

Le Secrétaire Général du Conseil de Déontologie Journalistique tiédit ces entorses en précisant que "les griefs formulés par les plaignants et qui portent sur le caractère partiel ou partial du travail journalistique ne résistent pas à l'examen, rigoureux, effectué par le Conseil"(1). Ce qui signifie que, souvent, les entorses à la déontologie journalistique ne sont pas avérées et reposent sur la subjectivité des plaignants qui relèvent ces entorses...

De façon générale, la déontologie est un principe de base du journalisme, elle repose sur un ensemble de règles précises que chaque journaliste s'engage, moralement au moins, à respecter. Ces règles définissent les devoirs du journaliste mais aussi les droits nécessaires au bon exercice de son métier. Les journalistes disposent d'une certaine latitude car la liberté d'expression est un droit fondamental de toute démocratie. Cette latitude s'applique, notamment, par le fameux principe d'autorégulation propre à chaque journaliste. Cette autorégulation semble différente selon les pays...

Annexes :
- Déclaration des devoirs et des droits des journalistes (source AJP)
- Code de principes de journalisme (source AJP)
- Raad voor de Jounalistiek (source RVDJ)
- site internet du CDJ

-----
(1) Les médias belges soumis à des règles, par J.C.M., in La Libre Belgique, 20 juillet 2011, p. 15

Ce document en version pdf imprimable

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents