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HcoM, le Blog...

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Blog de communication à l'attention de ceux - professionnels ou non et étudiants - qui sont intéressés par la Communication au sens large


Meta suspend son projet d’utilisation de nos données publiques pour nourrir son IA

Publié par Olivier Moch sur 21 Juin 2024, 08:59am

Catégories : #Meta, #Facebook

En avril dernier, Mark Zuckerberg annonçait le déploiement de son projet d’intelligence artificielle générative qu’il veut, à brève échéance, la plus puissante du marché avec plus de 400 milliards de paramètres. A titre de comparaison, la version payante de ChatGPT avance aujourd’hui 175 milliards de paramètres… Mais voilà, pour nourrir cette IA hyperpuissante, Meta a besoin de données, il compte donc se servir dans les contenus et les informations publiques de ses utilisateurs, à commencer par Facebook et Instagram qui représentent une manne de 5 milliards d’utilisateurs cumulés. Meta entend donc utiliser tous nos contenus publics déposés sur ses outils – Facebook, Instagram, Messenger, WhatsApp et Threads – sauf si l’on s’y oppose en remplissant un formulaire dédié avant le 26 juin, date que Meta a fixée pour commencer son marché pour nourrir son projet d’IA. L’idée était que chacun pouvait dire non mais que, en définitive, peu s’opposerait…Cependant, sous l’impulsion de l’ONG autrichienne NOYB, 11 plaintes ont été déposées, en Autriche, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Irlande ou en Belgique notamment, au motif que la protection des données et le droit à la vie privée des utilisateurs ne sont pas respectés par Meta. NOYB demande donc d’urgence, avant son entrée en application prévue le 26 juin, l’interdiction du projet d’utilisation des données par Meta pour alimenter son IA. En effet, le formulaire proposé par Facebook n’est pas conforme au RGPD et plus précisément aux articles 12 sur le droit à l’information et 21 sur le droit d’opposition… c’est ce qui a motivé NOYB à réagir car le simple fait de ne pas avoir le consentement des internautes viole les règles européennes en matière de protection des données et de la vie privée. Or ici, ne pas remplir le formulaire, et donc ne pas explicitement donner son consentement, autorise Meta à utiliser nos contenus.

Suspendu... pas abandonné !

L'on pourrait penser que c’est une victoire pour l’utilisateur européen qui ne verra pas Meta puiser dans ses contenus publics sur Facebook, Instagram ou Threads… Mais, en matière de communication, chaque mot à son importance ! ‘’Meta suspend le projet d'entraînement de son modèle de langage étendu à l'aide de contenus publics partagés par des adultes sur Facebook et Instagram dans l'UE’’, c’est ainsi que l’annonce a été faite, le 15 juin dernier. Et le mot ‘’suspend’’ prend effectivement toute son importance ! Vous avez d’ailleurs peut-être aussi remarqué que je n’ai jamais évoqué cette intention de Meta au passé. J’ai toujours utilisé le présent ! Donc clairement, l’intention n’est pas d’abandonner l’idée de nourrir son IA avec nos données et contenus publics mais bien de la postposer et de trouver une parade pour limiter les sanction.

Soyons clairs, en aucune manière Meta n'a peur de la justice européenne ! Ce n’est pas la première fois que Meta est confronté à des plaintes pour infraction au RGPD européen. Mais les amendes – bien que l’on parle de montants qui dépassent parfois le milliard d’euros – ne sont pas rédhibitoires pour Meta qui peut gagner plus en utilisant ou en revendant les données de ces utilisateurs. Saviez-vous que chaque jour, selon une étude de l’ICCL, certaines de nos données personnelles laissées sur le net sont revendues 376 fois aux enchères à des annonceurs ? En matière de revente de données, chaque utilisateur des différents produits rapporte à Meta, en moyenne, entre 10 et 12 euros par an. 3 milliards d’utilisateur de Facebook, plus de 2 milliards pour Instagram… rien que ces deux plateformes c’est entre 50 et 60 milliards d’euros de Chiffre d’Affaire annuel par la revente de données. Pour Meta, les amendes d’infraction au RGPD c’est un peu des frais de fonctionnement…

Celui ou celle qui pense que l’activité de Meta est d’être des réseaux sociaux est bien naïf, non l’activité de Meta c’est de vendre nos données aux annonceurs les plus offrant pour générer un maximum d’argent. Nous le savons, ce n’est pas un secret, mais nous sommes toujours plus nombreux à utiliser consciemment Facebook, Instagram, Messenger, WhatsApp et maintenant Threads… Faut pas se plaindre ensuite, alors !

Pourquoi suspendre le projet, alors ?

Peut-être pour envoyer un signe d’apaisement ou pour amadouer l’ennemi ? En tous cas, NOYB n’est certainement pas dupe puisque les plaintes n’ont pas été retirées suite à la décision de Meta. Il est important de noter que Meta n’a pas suspendu le projet d’alimentation de son IA avec nos contenus publics sur décision de la justice. C’est bien une décision prise par Meta et dont le régulateur européen se félicite. Mais les plaintes déposées restent actives… je pense donc que Meta étudie simplement ses possibilités, non pas pour éviter les sanctions, mais bien pour en limiter l’impact financier, peut-être simplement en repensant son formulaire d’approbation ou d’opposition d’utilisation de nos données publiques. Car, rappelons-le aussi, l’Union Européenne permet, dans un cadre précis, l’utilisation des données personnelles. Elle est autorisée légalement dans 6 cas de figure dont le consentement des personnes concernées. Je pense donc que Meta met simplement à profit son temps de pause pour repenser son modèle d’autorisation qui, pour l’instant, se base sur le principe du ‘’Qui ne dit mot consent’’, c’est-à-dire que si vous ne remplissez pas le formulaire, vous étes d’accord. Et c’est là que le bât blesse puisque le principe européen de la protection des données est au contraire, ‘’Qui ne dit mot ne consent pas’’. Dans son approche originelle, Meta avait tablé sur l’idée que peu d’européens prendraient la peine de remplir le formulaire, car, il faut aussi être réaliste, ce fameux droit à la protection de données, ce fameux RGPD, ce sont surtout les autorités qui s’en soucient et finalement à peine un frange infime de la population ! Si Meta veut utiliser nos données pour gagner des milliards de dollars, il le fera que nous soyons d’accord ou pas, qu’il y ait une grosse amende à la clé ou pas. Mais, tant qu’à faire, autant limiter au maximum la sanction.

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