Plusieurs médias de références qui ont signé, depuis le printemps dernier, un accord de partenariat pour permettre à ChatGPT de puiser dans leurs contenus.
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Au printemps dernier, des médias de références comme Le Monde, The Financial Times, El Pais, As – le quotidien sportif espagnol - l’éditeur allemand Axel Springer qui détient des titres comme Die Welt, Bild ou encore le magazine Rolling Stone (voire même chez nous le site immoweb) et même l’agence de presse internationale Associated Press ont signé des contrats avec Open AI. Ces contrats prévoient que les médias concerné accordent un licence pour leurs contenus au créateur de ChatGPT afin de l’aider à développer une technologie d’IA générative capable de créer du texte, des images et du code impossibles à distinguer des créations humaines. Le contrat permet également à ChatGPT de répondre aux questions avec de courts résumés d’articles de ces médias. Cela signifie donc que les 100 millions d’utilisateurs réguliers de ChatGPT, sur toute la planète, pourront accéder aux infos des médias qui ont signé le contrat via ChatGPT...
Il y a, à mon sens, deux raisons majeures qui poussent Open AI (et donc ChatGPT) à signer ces contrats avec des médias de référence internationaux ! La première est d’éviter des actions en justice comme celles qu’avait initié le New York Times, en décembre 2023, auprès d’un tribunal fédéral de New York pour atteinte à ses droits d’auteur.
La seconde raison est que, depuis son lancement, le 30 novembre 2022, ChatGPT n’a eu de cesse de se nourrir des milliards d’informations, sous forme de texte, de photos ou de vidéos, trouvées sur le net, pas toujours fiables, et cela sans rémunérer qui ce soit. Ces contenus sont asséchés et, désormais, ChatGPT se tourne vers des données plus ‘’qualitatives’’ produites par des professionnels de l’information : les journalistes ! Pour éviter un souci de droit d’auteur, Open AI a donc passé des contrats avec des patrons de presse afin de pouvoir puiser dans les contenus de leurs titres. Et cela risque de continuer, la liste pourrait s’agrandir !
Le montant des contrats n’est dévoilé par aucun média qui ont signé le contrat alors qu’ils ont pourtant tous évoqué cette collaboration dans leurs colonnes. Open AI n’est pas plus disert sur les chiffres alors, ce matin, je me suis livré à une petite expérience : j’ai interrogé ChatGPT sur le montant de ces contrats. Le chatbot a répondu à ma question en évoquant un montant de 5 millions de dollars pour des contrats de 3 ou 4 ans ! Une somme finalement pas si importante... ! Le Monde, par exemple, avance un chiffre d’affaires 2021 (le dernier que j’ai pu trouver) de 301 millions d’euros… donc le contrat représente à peine un peu moins de 2% de son chiffres d’affaires. Pour le Financial Time, je n’ai pas trouvé de CA mais le quotidien britannique tire à 163.000 exemplaires chaque jour et son prix de vente est de 3 Livres, soit 489.000 livres de CA quotidien rien que sur les ventes papier. Donc en 15 jours au plus, The Financial Time a couvert le montant du contrat signé avec Open AI !
Pourquoi avoir mis en place cette collaboration pour nourrir ChatGPT ?
La question mérite vraiment d’être posée. En tous cas, cela répond à une vision à très court terme des patrons de presse qui ont signé ces accords ! Certes, il va y avoir une rentrée d’argent plus ou moins conséquente mais ce contrat est très faustien ! Que se passera-t-il dans 3 ou 4 ans au moment de renouveler les contrats ? ChatGPT en aura-t-il encore besoin ? Si oui, plus de médias auront signé un contrat et Open AI sera en position de force pour faire baisser le prix puisqu’il aura plus de sources différentes pour se nourrir ! Bref, je suis loin d’être convaincu que les patrons de presse qui ont signé ou qui vont signer ces collaborations avec Open AI ne se mordront pas les doigts dans 3 ou 4 ans !
En effet, ChatGPT et d’autres qui vont lui emboiter le pas – on peut citer Perplexity ou Gemini, par exemples - seront à court terme des sites de destination, ils seront suffisants au grand public pour s’informer sur base des contenus pompés sur les médias qui ont donné leur accord. Donc, on trouvera très prochainement des contenus d’actualité aussi fiables que ceux des médias sur les plateformes d’IA. Elon Musk a annoncé qu’il va, à court terme, avoir recours à un IA baptisé Grok et qui est en cours de développement, pour proposer via X des résumé de l’actualité. On pourra donc prochainement trouver des revues de presse clés sur porte réalisées par IA.
Mais alors, s'il y a des contenus fiables fournis par les médias sur Chat GPT, des synthèses de l’actualité sur X via Grok… Quelle raison aura-t-on, dès lors, de payer des articles en ligne ou d’acheter un quotidien ? Aucune ! Et c’est bien pour ça que je parle d’une vision étriquée à court terme de la part des patrons de presse qui ont signé cet accord. Ils sont simplement occupés à scier la branche sur laquelle ils sont assis ! Si des plateformes d’IA fournissent une information fiable et de qualité dans les années à venir, les médias traditionnels n’auront alors plus d’utilité. Déjà qu’aujourd’hui la presse écrite est moins lue et les JT moins regardés, dans un lustre à peine, un smartphone et des supports comme ChatGPT, Grok ou Perplexity risquent fort de remplacer les médias… non seulement ceux qui ont signé l’accord avec Open AI mais également les autres qui risquent d’être pris dans le tourbillon.
La propriété de leurs contenus est un défi majeur pour les médias !
En vendant aujourd’hui leurs contenus à un prix forcément bradé à Open AI et bientôt aux autres, les médias sont simplement en train de planter les clous de leur cercueil ! Ils fournissent aux bots la nourriture dont ils ont besoin pour que le public se passe, à court termes, des médias ! Nous n'en sommes pas encore là mais le risque existe que dans quelques années le public s’informe uniquement via l’IA. Un risque parallèle serait aussi celui de la censure. En effet, même s’il n’a aucun contrôle sur les lignes éditoriales de ses partenaires médiatiques, Open AI pourra facilement décider d’exclure les articles qui ne correspondent pas à sa vision ou à celle de Microsoft, son actionnaire principal. Cela veut dire que Microsoft pourrait avoir un contrôle important sur la circulation de l’information… Décidément, je ne parviens pas à comprendre les patrons de presse qui ont signé ces accords et qui risquent fort d’être les fossoyeurs du journalisme de qualité et de la libre circulation de l’information.